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Je viens de regarder votre page. Il semblerait que l’histoire d’Iwona vous à touchée. Je viens juste de rentrer de la messe commémorative pour Iwona. Sa famille m’a demandé de faire tout le possible pour que la vie de leur petite sœur ne soit pas perdue pour rien. Ils ne seront pas présents vendredi car ils vont rejoindre les parents pour l’enterrement en Pologne.”

Photo: La Libre

Bruxelles, février 2021. Une jeune femme décède après avoir été percutée par un automobiliste en traversant une avenue. Tout le monde est sous le choc. Un matin, je découvre donc ce message, laissé par une proche de la jeune femme. C’était quelques jours avant l’émission radio Les socquettes en titane, sur laquelle je tiens, chaque mois, une chronique. Je décide alors de consacrer ma chronique à cette jeune femme, Iwona, morte à l’âge de 30 ans par ce que l’on a coutume d’appeler un “accident de la routeVoici le texte de ma chronique (à écouter sur la chaîne YouTube de l’émission ou en podcast).

Un dimanche matin, av. Albert

Comme tout le monde, j’ai appris le drame un dimanche matin. Le lendemain de du terrible accident. D’abord, la stupeur, mêlée à de la colère. Comme tout le monde, j’ignore les circonstances. Tout ce que je sais, c’est qu’une jeune femme de 30 ans est morte en voulant traverser une avenue à Bruxelles. Elle s’appelait Iwona.

Très vite, les réseaux s’enflamment. D’un côté, la colère, l’indignation. De l’autre, les justifications. Plus ou moins décentes. Souvent choquantes. La liste des torts, de part et d’autre – supposés, imaginés, fantasmés, puisque la presse est muette sur les circonstances exactes de l’accident. Était-elle sur son vélo ou à côté ? La conductrice roulait-elle trop vite ? La vue était-elle obstruée ?

Le monde à l’envers

Pendant qu’une partie de la population sombre dans le « victim blaming », cette manière d’accuser la victime d’être l’auteur de son propre malheur, refusant toute remise en question du mode de fonctionnement de la ville telle qu’elle existe aujourd’hui, dans laquelle la voiture reste reine, la voiture reste omniprésente, dans laquelle c’est à la ville et à ses habitants de s’adapter à la reine voiture, et non l’inverse – pendant qu’une partie de la population accuse, donc, d’autres pleurent cette nouvelle victime du tout-voiture. Un tout-voiture tellement ancré dans les esprits, à force de marketing, oserais-je dire de propagande, depuis les années 70, à force de « ma voiture, ma liberté », un tout-voiture tellement omniprésent que celui ou celle qui ose le remettre en question, celui ou celle qui ose rappeler que la ville, ce sont avant tout des êtres humains, que la voiture n’est qu’un outil, que la ville ne PEUT pas tourner autour de la voiture, qu’elle doit continuer à nous servir, et non nous asservir, tellement enraciné que celui ou celle qui ose ouvrir le débat sur la place des véhicules motorisés en ville est immédiatement taxé d’extrémiste, de bobo, et son discours, d’idéologique.

Idéologie. Mais laquelle?

Idéologique, ce nouveau terme à la mode que l’on ressort dès que l’on n’est pas d’accord avec une idée. Mais elle est où, l’idéologie, sérieusement ? Dans une ville qui a décidé de remettre la personne, son bien-être, sa vie, à l’avant-plan, ou dans celle qui continue, qui s’obstine à donner la priorité à la vitesse, à la puissance, aux moteurs, malgré toutes les externalités négatives de la voiture, désormais bien connues de tous, malgré une densité de population de 7500 habitants au km2. 7500 habitants au km2.

“Pour que la vie de leur petite soeur ne soit pas perdue pour rien”

Iwona était l’une de ces 7500 habitants au km2. Iwona repose désormais en Pologne, d’où elle était originaire. Quelques jours après la tragédie de l’avenue Albert, une amie d’Iwona m’écrivait ceci :

Je viens de regarder votre page. Il semblerait que l’histoire d’Iwona vous à touchée. Je viens juste de rentrer de la messe commémorative pour Iwona. Sa famille m’a demandé de faire tout le possible pour que la vie de leur petite sœur ne soit pas perdue pour rien. Ils ne seront pas présents vendredi car ils vont rejoindre les parents pour l’enterrement en Pologne

Pour que la vie de leur petite sœur ne soit pas perdue pour rien. Osons la remise en question. Osons le changement. La ville d’Oslo a atteint son objectif de zéro tué sur ses routes en 2019. Les Norvégiens sont-ils des êtres supérieurs, plus malins que nous ? Non. Simplement, leurs responsables politiques ont sans doute donné la priorité à la vie.

Pour terminer, j’invite nos responsables politiques, tous niveaux confondus, à méditer sur cette citation de Simon Sinek : 

« Great leaders are willing to sacrifice the numbers to save the people. Poor leaders sacrifice the people to save the numbers ».

Il ne tient qu’à nous, nous tous, citoyens et politiques, de faire tout le possible pour que la vie d’Iwona ne soit pas perdue pour rien.

Photos de l’hommage à Iwona et récit à voir/lire ici.

La chronique est à écouter sur YouTube ou en podcast.

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