juin 26, 2017La nomade sédentaire - Et si on partageait?

Si seulement Saint Jérôme avait connu le coworking!

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Cette semaine, c’est surtout à mes confrères et consoeurs traducteurs et trices que je m’adresse. Et plus particulièrement à ceux et celles qui travaillent à leur compte, depuis leur salon ou leur bureau installé chez eux, à la maison. Aux aspirants traducteurs indépendants, aussi, qui craignent de se lancer dans le métier par peur de se transformer en ermites et d’être obligés d’aller acheter du pain ou des magazines pour trouver un visage amical (et encore) en journée. J’ai envie de leur dire: STOP! Vous faites fausse route! Une alternative existe! Et cette alternative s’appelle « coworking« . Je vais vous raconter mon expérience personnelle et vous verrez qu’être traducteur n’est pas forcément synonyme de solitude et d’isolement.

Saint Jérôme, un homme seul et désespéré

saint jérômeLe monsieur sur la photo s’appelle Jérôme. Saint Jérôme, en fait. C’est le patron des traducteurs. Nous l’avons fêté, comme chaque année, le 30 septembre dernier. Regardez-le: cette barbe, cet ennui profond dans le regard, un regard où l’on peut lire « j’en ai marre de travailler seul! Je m’ennuie! Y a personne pour jouer avec moi, en plus! ». Franchement, vous avez vraiment envie de lui ressembler?

Une solution existe! 

Lorsque j’ai découvert le coworking, il y a un an, cela faisait une dizaine d’années que je pratiquais la traduction à mon compte. Je m’étais aménagé un petit bureau dans mon appartement. La traduction, j’aime ça. Et surtout, ce que j’aime dans ce métier, c’est la totale liberté dont nous jouissons, tant au niveau géographique (nous pouvons travailler depuis n’importe où, d’où les échanges de maisons que je pratique depuis des années) que sur le plan des horaires (cet été, par exemple, j’ai adapté mes heures/jours de travail en fonction de la météo, pour pouvoir profiter un maximum des belles journées). Bref, je crois pouvoir dire que je suis une traductrice heureuse. Mais je suis encore plus heureuse depuis que j’ai découvert le coworking. Je vais vous expliquer pourquoi par quelques exemples. Mais avant tout, pour savoir ce qu’est précisément le coworking, je vous invite à relire ce billet, dans lequel j’explique le concept, ses origines et ses avantages, ou encore celui-ci, plus concret, dans lequel je raconte une journée type au coworking, ou encore celui-ci, dans lequel j’explique un autre avantage du coworking, à savoir la sérendipité.

L’entraide – l’atout n°1 du coworking pour les traducteurs

Petite illustration des bienfaits du coworking pour nous, les traducteurs. Cet été, j’ai enfin franchi le pas et j’ai décidé de me mettre à jour au niveau de mes logiciels de traduction. Mes confrères comprendront si je leur dis que je suis passée de Wordfast Classic à SDL Studio. C’est comme passer d’un vélo à une Porsche (bon, d’accord, la Porsche, ça pollue et ça fait du bruit. Mais ça va quand même (beaucoup) plus vite!). Ou d’une tente à un château. Ou d’un PC à un Mac (ça, c’est juste pour énerver les adeptes du PC… quoi que).

google translateUn « logiciel de traduction« . Je vous vois venir… NON, ce n’est pas un Google Translate pour traducteurs! Non, le logiciel ne traduit pas pour vous. Petite explication pour les non initiés, donc. SDL Studio est ce que l’on appelle un outil de traduction assistée par ordinateur (TAO). La principale utilité de Studio concerne les « mémoires de traduction »: il « retient » la manière dont vous traduisiez chaque phrase (que nous appelons « segment » dans notre jargon). L’intérêt? Lorsque, un peu plus loin dans votre texte, ou même dans un nouveau texte que vous traduisez un an plus tard, le logiciel découvre que vous avez déjà traduit cette phrase, ou ce morceau de phrase, Studio l’insère automatiquement pour vous dans votre traduction. Magique!

Studio propose encore bien d’autres fonctions, toutes extrêmement utiles, mais dont je ne vous parlerai pas ici car je doute que cela vous intéresse. Juste vous dire que les avantages sont nombreux, les principaux étant le gain de temps, bien sûr, mais aussi le gain de qualité (grâce à la cohérence ainsi assurée dans le travail du traducteur).

Studio, c’est un peu la Rolls Royce des traducteurs. Il existe d’autres logiciels de TAO, mais jamais aussi efficaces que Studio – paraît-il. Mais qui dit efficacité dit aussi complexité pour celui ou celle qui, comme moi, n’a pas été formé(e) pour travailler avec ces outils (à ce propos, question aux étudiants en traduction qui me lisent: le cursus de traduction prévoit-il désormais des cours sur ces outils d’aide à la traduction?). Et c’est là que nous arrivons (enfin) au thème de ce billet: l’entraide!

En effet, si je ne travaillais pas dans un espace de coworking, j’aurais sans doute été complètement larguée face à ce nouveau logiciel et j’aurais perdu des semaines (et beaucoup de cheveux) à essayer de m’en sortir (et, pour une fois, je n’exagère pas, vous pouvez me croire).

Heureusement, au coworking, je ne suis pas la seule traductrice, et mon confrère le plus proche (nous avons l’habitude de travailler côte à côte, pour échanger plus facilement nos conseils, mais aussi nos blagues ou… nos Fraises Tagada), mon confère, donc, qui travaille sur Studio depuis des années, a eu la gentillesse de me former à ce logiciel en un rien de temps! Chaque jour, pendant une semaine (qui a dû lui paraître une éternité…), il était à mes côtés pour m’aider à créer mes projets, venir à mon secours à chaque fois que j’avais une question ou encore me faire part de ses astuces personnelles. J’en profite pour le remercier publiquement: merci, Pierre. Sans toi, je me serais déjà jetée par la fenêtre depuis bien longtemps et je serais sans doute en convalescence à l’hôpital à l’heure qu’il est.

Pour tout vous dire, j’ai eu l’idée d’écrire ce billet il y a quelques semaines, lorsqu’une traductrice est venue visiter l’espace de coworking où je travaille. Ramon, le chef d’orchestre local, a eu la bonne idée de me la présenter et nous avons pu discuter de sa situation et de ses attentes. Comme moi à l’époque, elle travaille seule chez elle et, en gros, elle en a marre de vivre recluse. Elle craignait cependant que dans un espace de coworking, les traducteurs ne se fassent concurrence. Je l’ai bien vite rassurée et lui ai expliqué que non seulement il n’y avait absolument aucune rivalité entre nous (nous avons chacun notre propre clientèle), mais qu’en plus, nous nous entraidions au quotidien (je lui ai parlé de mon passage à Studio, bien sûr, mais aussi de toutes les fois où l’un ou l’autre bloquions sur des termes, ou des infos partagées sur des formations, etc.). Et puis aussi, je pense qu’il est sain de fréquenter ses pairs. Entre traducteurs, il existe une solidarité toute naturelle. La traduction est un, métier solitaire par nature, quoi de mieux que d’être confronté à d’autres traducteurs? Le coworking présente encore de multiples avantages pour les traducteurs, comme la possibilité d’élargir naturellement son réseau en fréquentant d’autres professions et de trouver ainsi de nouveaux clients.

Traducteurs et trices du monde entier, unissez-vous!

Donc voilà mon message à tous mes confrères et consoeurs qui en ont assez de travailler chez eux, à cause de la solitude, de l’isolement, des 1001 tentations (je ferais bien une lessive), etc.: des espaces de coworking sont en train de voir le jour un peu partout dans le monde et de révolutionner la manière de travailler des indépendants. Renseignez-vous sur ceux qui existent près de chez vous! Allez les visiter! Faites une journée d’essai! Vous verrez, ça change la vie. Vous rencontrerez d’autres traducteurs, bien sûr, mais aussi des gens/des métiers que vous n’auriez jamais rencontrés dans d’autres circonstances. Votre esprit s’ouvrira sur de nouveaux horizons, les jours auront fini de se ressembler et les découvertes seront votre lot quotidien. Vous découvrirez le sens profond du mot « sérendipité« . Bref, votre vie professionnelle – et même personnelle, à certains égards – prendra un tour nouveau!

Je précise que personne ne m’a demandé d’écrire ceci: ce billet est le résultat d’une démarche tout à fait personnelle. C’est juste que quand je fais de jolies découvertes, dans n’importe quel domaine, j’aime le faire savoir pour en faire profiter les autres. Donc voilà. Chers confrères et consoeurs, je vous invite à faire le pas et ensuite, pourquoi pas, à revenir ici pour me raconter à votre tour votre expérience.

Je vous souhaite de jolies découvertes!

La nomade (traductrice)

Katia
Katia
Ancienne nomade devenue sédentaire. Traductrice. Blogueuse. Community manager. Echangeuse (de maison). Coworkeuse. Il m’arrive d’écrire pour les autres (si on me le demande gentiment). Twitter. Facebook
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Showing 4 comments

  • Martine
    Répondre

    C’est super le coworking, sauf pour ceux, qui comme moi, ont choisi ce métier avant tout pour éviter au maximum les contacts sociaux dans le travail. On peut aussi avoir une vie sociale très riche, mais absente au travail. Mais sinon, superbe article. Et bon coworking alors !

    • lanomadesedentaire
      Répondre

      Merci pour ton commentaire, Martine. Et en effet, comme tu le dis, il en faut pour tous les goûts. J’avoue que moi-même, au départ, je me complaisais pas mal dans le travail en solitaire, mais j’ai fini par m’en lasser. Aujourd’hui, j’ai le choix et selon mon humeur, je travaille de chez moi ou je passe la journée au coworking.
      Bonne continuation et bonnes traductions! 🙂

  • Antoine
    Répondre

    καλησπέρα!

    Car j’écris depuis ce beau pays qu’est la Grèce et où j’apprends le grec tout en douceur.

    Je tenais à écrire un commentaire pour te remercier du travail que tu fais sur ce blog. Je suis très intéressé par les modes de vie alternatifs (et en tant que couchsurfer, hitchhiker nomade, covoitureur et dumpster diver plus ou moins confirmé, l’économie collaborative ça me parle) et j’étudie la traduction : je crois que je suis plutôt le genre de lecteur que tu cibles haha !

    J’ai découvert ton site il y a quelques jours mais je suis déjà complètement emballé. Je n’ai plus qu’une hâte : me plonger dans ce métier pour voir s’il me plaît autant dans la pratique que dans la théorie. Si tu as d’ailleurs un conseil pour goûter du bout de la langue le mode de vie freelance avant de s’y jeter corps et âme, je suis preneur.

    Et tiens, je te remercie en répondant à ta question : dans mon université spécialisée en traduction/interprétation en Allemagne à Germersheim, des cours d’introduction à trados et aux logiciels de TAO sont en effet proposés. Je n’y ai pas encore touché mais c’est en effet prévu pour mon master l’année prochaine. En attendant, je profite d’une petite année sabbatique mélant stage en Deutschland (pas en traduction malheureusement…) et voyages au bout du monde 😉

    Encore merci et longue vie à ton blog !

    • Katia
      Répondre

      Merci pour ce joli commentaire, Antoine. Je suis ravie que mon blog te plaise 🙂
      Voilà donc un futur traducteur et actuel globe trotteur… la lecture de ton message me replonge quelques années en arrière. Tout ce que je peux te conseiller, c’est de continuer comme tu le fais: voyager, découvrir le monde tout en améliorant tes langues – je pense que j’ai appris plus comme ça que dans les salles de classe.
      Merci aussi d’avoir répondu à mon interrogation au sujet de l’apprentissage de Trados.
      Je te souhaite de profiter un max de cette année sabbatique – la bonne nouvelle, c’est que même après tes études, si tu deviens indépendant, tu pourras continuer à voyager (c’est ce que je fais depuis quelques années, grâce aux échanges de maisons via Trocmaison.com).
      A bientôt! 🙂

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