janvier 26, 2020La nomade sédentaire - Un jour, elle s'acheta un vélo. Et ils vécurent heureux.

#OuiMaisLesCyclistes – Et si on cassait les idées reçues sur les cyclistes ?

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(Une chronique à (ré)écouter en podcast sur Les Socquettes en titane, l’émission 100% vélo sur Radio Campus Bruxelles.) Pour écouter le podcast de l’émission, c’est par ici.

Aujourd’hui, je vais tâcher de démonter quelques idées reçues sur cette race à part, cette catégorie d’usagers en plein boom : j’ai nommé « les cyclistes ». Comme d’habitude, j’ai fait appel à la cyclosphère sur Twitter pour écrire cette chronique. J’embrasse toutes celles et tous ceux qui m’ont aidée !

Clément : pourquoi parles-tu d’« idées reçues » ? Tu penses que les gens ont tort de généraliser ?

Oui, et voici pourquoi : même si, pour certains, le vélo est un mode de vie, c’est avant tout un mode de déplacement, au même titre que la voiture, la trottinette ou le bus. Personne ne naît « cycliste ». Le terme même, cycliste, est biaisé : je ne suis pas « cycliste », je me déplace à vélo. Réduire l’identité d’une personne à son seul mode de déplacement est, par définition, biaisé.

Ce que je veux dire, c’est que le terme « les cyclistes » n’existe pas : chaque cycliste, ou plutôt chaque « véloteur », est différent: certains vont scrupuleusement respecter le code de la route, d’autres – une minorité, j’en parlerai tout à l’heure – vont faire n’importe quoi. Dire que « les cyclistes roulent n’importe comment », c’est comme accuser tous les automobilistes d’être des chauffards. C’est ridicule et ça ne fait pas avancer le schmilblick.

Clément : mais les gens n’ont-ils pas raison quand ils disent que les cyclistes ne respectent pas le code de la route et font n’importe quoi ?

Non. Des chercheurs se sont penchés sur la question et leur conclusion est très claire : les cyclistes commettent beaucoup moins d’infraction que les automobilistes. Le souci, c’est qu’ils sont plus visibles : griller un feu rouge ou rouler sur un trottoir se voit davantage que les infractions commises régulièrement par les automobilistes en ville, comme les excès de vitesse, les refus de priorité aux piétons, les coups de klaxon, l’oubli du clignotant, et j’en passe. Je suis d’ailleurs certaine que David (Stevens) pourra confirmer cela.

Clément : quelles sont donc ces idées reçues qu’ont les gens sur les cyclistes ? Pardon, sur les véloteurs ?

Il y a en a beaucoup, mais celle qui revient le plus souvent, c’est « les cyclistes grillent les feux ».

Non, le véloteur n’est pas suicidaire. Oui, il lui arrive de griller un feu (que le piéton qui n’a jamais traversé au rouge me jette la première pierre). Mais ce que beaucoup de gens ignorent, c’est qu’ils y sont souvent autorisés, à Bruxelles.

Nous parlerons tout à l’heure des panneaux B22 et B23, je pense, mais en gros, ces panneaux les autorisent à aller tout droit ou à tourner à droite lorsque le feu est rouge.

Clément : on entend aussi souvent des gens traiter les cyclistes de bobo-écolos, voire de khmers verts, sur les réseaux sociaux ou ailleurs…

Oui, mais si l’on devait croire tout ce qu’on lit sur les réseaux sociaux, on croirait que les cyclistes mangent des enfants crus au petit déjeuner ou qu’ils violent les chatons !

Plus sérieusement, à propos des bobos-écolos. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que, contrairement aux idées reçues, la personne qui se déplace à vélo à Bruxelles le fait avant tout non pas dans l’idée de « sauver la planète », comme on l’entend parfois, mais bien par pragmatisme : le vélo est en effet le mode de déplacement le plus rapide en ville, le plus pratique, et le plus économique.

Après, certains cyclistes sont écolos et d’autres, pas du tout. Ceci dit, quand on se déplace à vélo, on est forcément plus conscient et touché par l’environnement qui nous entoure : on ne voit pas les embouteillages de la même façon selon que l’on est dans une voiture ou sur un vélo. À vélo, on voit et on sent beaucoup plus les gaz d’échappement. On entend aussi beaucoup plus le vacarme des moteurs et des coups de klaxon. Tous les sens sont mis à contribution, à vélo. On aura donc une vision beaucoup plus globale et, dès lors, très différente de la ville par rapport aux personnes qui se déplacent dans une voiture ou dans un bus. Ce qui explique sans doute la prise de conscience plus rapide des problèmes environnementaux chez les véloteurs, comme la pollution de l’air.

En somme, peut-être qu’on devient écolo parce qu’on se déplace à vélo, et non le contraire. Ceci dit, pour rester dans les clichés, je connais très peu de cyclistes qui mangent du quinoa (personnellement, je déteste ça hahaha !).

Ah, et petite parenthèse à propos de l’expression « Khmers verts », qui me choque à chaque fois que je l’entends : j’invite ses adeptes à ouvrir un livre d’histoire (ou à aller sur Wikipédia) pour se renseigner sur le régime des Khmers rouges et ses 2 millions de victimes.

Clément : que dis-tu à ceux qui pensent que les cyclistes ne respectent pas les piétons ?

Je les invite à se poster à un carrefour quelques minutes et à observer, avec objectivité. Ils se rendront alors compte que les cyclistes sont beaucoup plus nombreux que les automobilistes à respecter les piétons.

Clément : d’autres idées reçues ?

Quelque chose que l’on entend souvent, quand on fait remarquer à un automobiliste qu’il est stationné sur la piste cyclable, par exemple : « hé, je bosse, moi ! ».

Chers auditeurs, sachez la personne qui se déplace à vélo à Bruxelles le fait, la plupart du temps, pour se rendre à son travail, et non pour se « balader ». Nous aussi, nous avons des factures à payer. Hélas.

Il y a aussi ceux qui pensent que les véloteurs roulent au milieu de la chaussée pour les embêter ou les provoquer. Ha, cet égocentrisme… Et bien non, si on fait ça, c’est tout simplement pour nous mettre à l’abri d’un éventuel emportiérage – vous savez, ces portières qui s’ouvrent inopinément. L’importiérage est la première cause d’accident des cyclistes à Bruxelles. Le meilleur moyen pour s’en protéger consiste à rouler à un mètre des voitures stationnées, tout simplement. (Je vous invite à lire mon petit guide de survie à l’usage des nouveaux cyclistes urbains pour d’autres conseils.)

Clément : j’imagine que la liste des clichés est encore longue. Je pense que tu as préparé une petite liste ?

Oui, avec l’aide de la cyclosphère, donc, je vous ai compilé un petit florilège des idées reçues, plus ou moins sérieuses, que l’on entend souvent ou que l’on lit souvent sur les réseaux sociaux. Attention, accrochez-vous – y a du lourd !

Le vélo, c’est un truc de blancs

Ils mangent du quinoa

Ils sont pauvres

Ils le font par obligation

Ils sont bien courageux, on les plaint !

(Petite parenthèse : ne nous plaignez pas : on prend énormément de plaisir, à vélo. Même dans le froid. Même sous la pluie. Fin de la petite parenthèse.)

Ils ne paient pas pour les routes !

(Hélas, rouler à vélo ne nous dispense pas de payer des impôts.)

Ce sont tous des hommes

(Euh… non…même si les hommes sont encore majoritaires, la part des femmes augmente de plus en plus)

Ils ralentissent le trafic

(La vitesse moyenne d’un vélo en ville est de 15km/h, contre 12 pour les voitures.)

Ils sont en sucre (lire : ils fondent sous la pluie) : faux 🙂

Ils ne mettent pas de casque !

(Le port du casque n’est pas obligatoire en Belgique.)

Ce sont des sportifs !

(Euh… non…)

Ils n’ont pas le permis !

(Si si, la plupart des cyclistes bruxellois ont le permis. Et beaucoup ont même une voiture.)

Le vélo, c’est chouette quand on n’a rien à transporter

Le vélo, c’est chouette quand on n’a pas d’enfants à amener à l’école !

Et comment je fais mes courses?

Avec la météo belge, c’est pas possible

(Vous connaissez le dicton ? Il n’existe pas de mauvaise météo, juste des mauvais équipements)

Il y en a encore beaucoup – pour tous les lire, je vous invite à aller voir le tweet et les réponses, que je partagerai sur la page Facebook de l’émission.

Clément : pourquoi tous ces clichés, d’après toi ?

Oh, il faudrait demander à un sociologue de s’intéresser à la question. Mais pour faire simple, je dirais : « ignorance engendre haine ». Les cyclistes sont encore trop mal compris, à Bruxelles, comme dans d’autres grandes villes d’Europe. Et la mobilité est un sujet extrêmement sensible, chez nous, qui suscite des débats hyper animés, et pas forcément objectifs. Je pense que la cohabitation sur les routes se passera de mieux en mieux à mesure que les automobilistes seront plus nombreux à tester des déplacements à vélo. En découvrant la réalité des déplacements à vélo à Bruxelles, ils les comprendront mieux et, partant, les respecteront davantage.

Clément : une conclusion ?

Je ne peux que toutes et tous, véloteurs, automobilistes, piétons, vous inviter à faire preuve d’ouverture d’esprit et de tolérance. À oublier vos préjugés et tous ces vilains clichés. À faire preuve de bienveillance avec les véloteurs et les véloteuses que vous croisez (beaucoup sont d’anciens automobilistes – c’est autant de voitures en moins dans les embouteillages!), mais aussi avec les automobilistes, les piétons, les trotinnettistes – bref, avec toutes les personnes que, chaque jour, vous croisez sur votre route, et qui ne sont, finalement, pas si différente de vous, puisqu’elles n’ont, elles aussi, pour seul objectif, que d’aller du point A au point B. Comme on nous l’enseigne quand on passe le permis de conduire : « on ne prend pas la route, on la partage ».

Katia
Katia
Ancienne nomade devenue sédentaire. Cyclophile. Traductrice. Copywriter. Coworkeuse. Chroniqueuse. Il m’arrive d’écrire pour les autres (si on me le demande gentiment). Twitter. Facebook. YouTube. Instagram
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