décembre 10, 2019La nomade sédentaire - Et si on partageait?

J’ai arrêté la voiture comme on arrête la cigarette – Ma première chronique radio sur Les Socquettes en titane

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(Une chronique à (ré)écouter en podcast sur Les Socquettes en titane, l’émissions 100% vélo sur Radio Campus Bruxelles.)

Le vendredi 8 novembre 2019 a eu lieu la toute première diffusion de la nouvelle émission bruxelloise 100% vélo, Les Socquettes en titane, sur Radio Campus Bruxelles. Quand Clément, l’instigateur de l’émission, m’a proposé de me joindre à lui pour cette aventure, je n’ai pas hésité une seule seconde!

les socquettes en titane
De gauche à droite: Pascal, Clément et Melowvélo

Pourquoi une émission radio sur le vélo?

A ma connaissance, il n’existait pas encore d’émission radio dédiée au vélo à Bruxelles (ni même en Belgique). Ma référence dans le domaine, c’était Pause vélo, un podcast suisse, que j’aime beaucoup. Alors oui, c’est avec joie que j’ai accepté la proposition de Clément pour tenir ma chronique et coanimer l’émission avec lui.

L’émission est diffusée en direct sur Radio Campus Bruxelles chaque deuxième vendredi du mois (prochain rendez-vous: le vendredi 13 décembre 2019, donc) et on peut bien entendu écouter le podcast à tout moment.

Pourquoi une émission sur le vélo? Comme l’explique très bien Clément dans l’intro de cette première émission, on ne voulait éviter de créer un entre-soi de plus. On voulait une émission inclusive, on voulait que l’automobiliste qui tombe sur l’émission ne zappe pas.

Mieux se comprendre pour mieux se partager la chaussée

Les conflits entre usagers de la route résultent la plupart du temps d’un manque de compréhension entre ces usagers (ils sont plus souvent le fruit de l’ignorance que de la méchanceté). Voilà pourquoi j’ai, par exemple, écrit ce Rappel du code de la route à l’intention des cyclistes et des automobilistes.

Avec Les Socquettes, on espère, entre autres, démystifier le vélo urbain (comme j’essaie par ailleurs de le faire en filmant mes trajets et en les commentant sur ma chaîne YouTube). On espère montrer que “les cyclistes” ne forment pas une secte – même si nous avons tous le vélo en commun, nous sommes tous très différents, et avons chacun une pratique de la bicyclette qui nous est propre.

(Ré)écouter l’émission

Pour (ré)écouter l’émission du 8 novembre, ça se passe sur Mixcloud.

les socquettes en titane
Clément, aux commandes de l’émission

Au programme: Pascal, qui nous racontera des histoires (vraies) d’élevages de cyclistes (!!) et autres disparus, Melowvélo, qui nous parle de la Bike Experience , une super initiative de Provélo qui s’adresse à toutes celles et ceux qui voudraient se mettre au vélo quotidien, et qui nous raconte comment elle est devenue cycliste quotidienne à Bruxelles, et moi, avec la chronique qui suit, dans laquelle j’explique comment j’ai renoncé à la voiture du profit du vélo (comme je le racontais ici même il y a maintenant un peu plus de deux ans, lorsque j’ai fait le pas).

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Toutes les histoires de Pascal sont des histoires vraies (même si elles font parfois rire Melowvélo)

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Le texte de ma chronique: Comment je suis devenue véloteuse

Pour cette toute première chronique, je vais vous raconter comment je suis passée de la voiture au vélo. Où comment je suis devenue « véloteuse » – eh oui, j’invente des mots. Je préfère le terme « véloteur » ou « véloteuse » au terme « cycliste ». En effet, je ne prétends pas m’entraîner pour le Tour de France, je me contente de me déplacer à vélo, par utilité. Bon, par plaisir aussi, c’est vrai, mais je ne pratique pas le vélo sportif. Enfin, quoi que… à Bruxelles, dans certains cas, ça peut arriver…

Bref, je divague. Revenons à nos pignons. Je vais donc vous conter l’histoire de ma mutation. Cela fait maintenant 5 ans que je me considère comme véloteuse. Il m’aura pourtant fallu encore 3 ans de réflexion après m’être mise au vélo à Bruxelles avant de faire le pas, de sauter dans le vide, bref, avant de vendre ma voiture. Trois ans de réflexion. Trois ans de doutes. Trois ans à changer d’avis, d’un jour à l’autre. Il m’aura fallu trois années de réflexion avant de vendre ma Twingo. J’ai finalement dit adieu à Titine en juin 2017. Et depuis juin 2017, je me sens libérée.

Petit flashback pour vous aider à mieux comprendre comment j’en suis arrivée là. J’ai grandi à la campagne, dans un village de Flandre. Qui dit Flandre dit vélo. J’ai donc grandi sur un vélo, tout naturellement. Seulement voilà, à la campagne, même en Flandre, on grandit aussi dans la culture de la voiture. Chez nous, on ne vivait pas sans voiture. On ne se posait même pas la question. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai passé le permis. Quand j’ai eu 20 ans, je me suis offert ma première voiture: une Fiat Panda. Rouge. Vieille. D’autres voitures ont suivi. J’ai toujours eu une voiture. Toujours. Même quand je me suis finalement installée à Bruxelles.

Ceux qui me connaissent bien le savent: il n’y a pas si longtemps, je faisais partie de ceux qui prennent la voiture pour aller au supermarché du coin. Non que je doive ramener de grosses courses, non non, je n’avais même pas cette excuse. Non, par réflexe. Pourquoi marcher ? Jamais je n’aurais envisagé de me passer d’une automobile. Jamais. Jusqu’à ce jour béni où j’ai eu une révélation…

Nous sommes en novembre 2014. J’étais pourtant partie tôt, ce matin-là. De fait, je partais de plus en plus tôt pour éviter les embouteillages. Sauf que je n’étais manifestement pas la seule à avoir eu cette idée. Bientôt, je devrais prendre la route à 4 heures du matin. J’irais me coucher à 19h30 pour être en forme. Le rêve. Bref. Ce matin-là, alors que j’étais déjà en route depuis une bonne vingtaine de minutes, j’avais parcouru royalement… 900 mètres. Oui oui, ça fait une moyenne de moins de 3 km/heure. J’aurais été plus vite à pied. Mais il pleuvait. Je ne savais pas encore que ma peau était étanche, je suppose.

Je me souviens de ce matin pluvieux, gris, déprimant à souhait. Si je n’avais pas été en voiture, je crois que je me serais pendue. Coincée, seule dans ma voiture. Au milieu de dizaines d’autres voitures. Si nombreux et si seuls. Noyée dans mon désespoir, j’observais avec envie les véloteurs qui me dépassaient allègrement. Et là, soudain, l’illumination : mais, qu’est-ce que je fous là !? Moi qui ai grandi sur un vélo !? 

Le lendemain, je prenais un abonnement à Villo – vous savez, ces vélos jaunes. Je vous rappelle que nous sommes en 2014 : à l’époque, on n’avait pas le choix. Les vélos rouges pétant et les trottinettes n’avaient pas encore envahi les rues de Bruxelles.

Très vite, j’ai eu comme une révélation sur mon beau vélo jaune. Finis, les embouteillages ! L’heure de pointe devenait soudain une notion abstraite. Je redécouvrais le sens du mot liberté! Plus besoin de me lever à l’aube pour arriver à l’heure au travail : je savais exactement, en partant, à quelle heure j’arriverais à destination.

Bon, les premiers jours, j’ai souffert. Physiquement, je veux dire. Mais vraiment souffert. Mes cuisses, surtout. Et le souffle… plus d’une fois j’ai bien cru que j’allais y rester. Mais j’ai tenu bon. Et chaque jour, le trajet devenait un peu plus facile. Et petit à petit, j’ai même commencé à prendre du plaisir en pédalant. Un peu plus tard encore, le plaisir était toujours là même sous la pluie. J’étais foutue : j’étais devenue accro au vélo. Parce que, je ne le savais pas encore, mais véloter rend heureux.

Un jour, quelques mois plus tard, tandis que je rentre du travail, en pédalant gaiement sur mon Villo, je jette, comme chaque jour, un œil distrait à ma voiture en passant devant. Juste pour vérifier qu’elle va bien, que personne ne l’a abîmée, tout ça. Ce jour-là, c’est le drame : ma voiture est détruite. Sinistre total. Ma fidèle Titine n’était plus. La faute à un chauffard passé par là un peu plus tôt.

Si vous avez suivi, vous aurez compris que j’étais alors devenue complètement accro au vélo. Eh bien vous savez quoi ? Je n’ai même pas réfléchi et je suis allée m’acheter une nouvelle voiture. Si. Je vous jure. Je n’ai même pas envisagé de m’en passer. L’idée de m’a même pas traversé l’esprit ! Rappelez-vous : chez moi, on ne vivait pas sans voiture.

C’était il y a 4 ans. C’est là, aussi, que j’ai décidé de m’acheter, en plus d’une nouvelle voiture, mon premier vélo bruxellois. Bye bye Villo !

Il m’aura encore fallu deux ans, après l’achat de ma nouvelle Titine, pour me rendre compte, ou plutôt pour enfin admettre, que Titine ne me serait plus d’aucune utilité : j’étais à présent totalement autonome, avec mon vélo à moi. J’avais en effet compris que même si je devais sortir de Bruxelles, pour aller voir mes proches, par exemple, je pouvais prendre le train. (Je ne savais pas encore que je pourrais le faire à vélo – mais je reviendrai sur ce point plus tard.). Je pouvais aussi louer une Cambio, si vraiment j’avais besoin d’une voiture (ce qui n’est pas encore arrivé en fait). Quant à mes déplacements dans Bruxelles, si vraiment quelque chose m’empêchait de véloter, je pourrais toujours prendre un taxi (avec tout l’argent économisé depuis la vente de Titine, je peux m’en payer pas mal, des taxis !). Forte de toutes ces réflexions, j’étais enfin prête à faire le grand saut : nous sommes en juin 2017 et ça y est, je suis enfin prête à me débarrasser de Titine.

Qu’est-ce qui ne me manque pas, depuis que j’ai vendu ma voiture? Être coincée dans les files. Seule. Dans ma voiture. Derrière une autre voiture qui m’envoie ses gaz d’échappement direct dans le nez. Tourner 35 minutes en arrivant chez moi pour trouver une place de parking. Payer mon assurance. Payer ma taxe auto. Payer l’entretien de Titine. Payer les réparations de Titine. Payer l’essence de Titine. Aller vérifier si personne n’a abimé Titine depuis la dernière fois où je l’ai prise.

Pourquoi je vous raconte tout ça? Pour vous dire qu’il m’aura fallu trois ans, trois ans de cheminement, trois ans à pédaler sur plein de vélos différents pour me rendre compte que oui, je pouvais me passer d’une voiture.

J’ai la chance d’habiter Bruxelles. D’avoir une station Cambio à 50 mètres de chez moi. J’ai la chance d’avoir des arrêts de bus partout. Une station de métro à quelques centaines de mètres. Des taxis en veux-tu en voilà. Bref, tous ces arguments que je me suis répété inlassablement dans ma tête à l’époque, pour me convaincre que ce n’est pas parce que j’abandonnais Titine que j’allais vivre recluse jusqu’à la fin de mes jours. Autant de filets de sauvetage pour – sait-on jamais – si vraiment je ne peux pas me rendre à ma destination à vélo. J’ai arrêté la voiture il y a 5 ans comme j’ai arrêté de fumer il y a 10 ans. Oui, n’ayons pas peur des mots : la voiture est une drogue.

Vendre ma voiture au profit du vélo aura sans doute été la meilleure décision de ma vie. Je ne le savais pas, à l’époque, mais le vélo rend bel et bien heureux. Sa pratique dégage tellement d’endorphines que tu finis par ne plus pouvoir t’en passer. Chaque déplacement est un moment de joie (oui oui, même à Bruxelles). Je vélote comme d’autres méditent. Chaque coup de pédale allège un peu plus mon esprit.

Aujourd’hui, je rallonge mes trajets dès que je peux. Juste pour passer un peu plus de temps sur mon biclou, avant d’aller au bureau ou en sortant du travail. Juste pour profiter un peu plus de ce sas de décompression.

Et dès que le week-end arrive, je pars faire de grandes balades sur ma bicyclette. Je redécouvre la ville, mais aussi le pays, et même d’autres pays. Je quitte Bruxelles dès que je peux pour me ressourcer, pour respirer, pour écouter les oiseaux, pour caresser les vaches et les chevaux, pour rouler vite sur les chemins de terre, pour sentir le vent dans ma bouche et mes cheveux, et pour revenir ensuite, les poumons rechargés d’air pur et la tête vidée, dans cette ville que j’aime tant.

Mon vélo, c’est ma clé des champs. Mon vélo, c’est 12 kilos d’acier qui suffisent à m’emmener où je veux, quand je veux. Mon vélo, c’est ma vraie liberté.

Quand je me suis remise au vélo, il y a 5 ans, j’ai été très fière quand j’ai fait mon premier 10 kilomètres. Cet été, j’ai dépassé le cap des 125 kilomètres sur une journée. Et demain ? Demain, mes cuisses seront encore plus musclées. Mon souffle, encore meilleur. Mes escapades, encore plus joyeuses. Et mon plaisir en écoutant les oiseaux me saluer sur mon passage, le matin, toujours aussi intense.

Si vous avez écouté l’émission, dites-moi dans les commentaires ce que vous en avez pensé, ça m’intéresse! Et dans tous les cas, n’oubliez pas: faites du vélo! 🙂

Katia
Katia
Ancienne nomade devenue sédentaire. Cyclophile. Traductrice. Copywriter. Echangeuse (de maison). Coworkeuse. Il m’arrive d’écrire pour les autres (si on me le demande gentiment). Twitter. Facebook. YouTube
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